Déclaration finale de la délégation œcuménique de KAIROS dans la région de l’Athabasca et des sables bitumineux, du 21 au 27 mai 2009

Le 11 juin 2009

Une délégation œcuménique comprenant 10 dirigeants et dirigeantes d’Églises et d’organisations d’Églises du Canada, un chef héréditaire autochtone de la Colombie-Britannique et des partenaires de l’Équateur et du Nigeria se sont rendus en Alberta du 21 au 27 mai dans le but de mieux connaître la situation et les impacts de l’exploitation des sables bitumineux sur les populations et l’environnement.

La délégation était organisée par KAIROS (www.kairoscanada.org), qui œuvre à la promotion de la justice sociale pour 11 Églises et organisations d’Églises. À titre de chrétiens, nous voulons jouer un rôle positif pour le soin de la création de Dieu, l’établissement de justes relations entre les gens, et la promotion de la justice économique – et tous ces champs de préoccupation soulèvent des questions à propos des sables bitumineux de l’Athabasca.

Nous sommes venus en Alberta pour écouter et pour apprendre des gens qui vivent ici et qui travaillent aux sables bitumineux, des populations autochtones qui vivent en aval, des groupes et des communautés d’Église, de l’industrie elle-même, des syndicats et des groupes environnementalistes. Au terme de notre cheminement, nous nous retrouvons avec des images et des questions persistantes.

La vie des Églises et des communautés locales de l’Alberta est profondément mêlée aux sables bitumineux. Elles constatent qu’il y a de grands bénéfices à retirer de ces projets; elles ne veulent pas perdre les emplois; et elles s’inquiètent aussi de l’environnement.

Les gens de Fort McMurray s’enorgueillissent avec raison de leur communauté dynamique et si variée et de son esprit de générosité. Notre expérience dans cette communauté nous a montré que, malgré le fait que le rythme de développement des sables bitumineux et l’afflux de travailleurs aient surchargé les infrastructures de la ville, la collectivité elle-même travaille fort à résoudre ces problèmes.

Lors de notre visite, nous avons rencontré des groupes d’Autochtones des Premières Nations de Fort McMurray et de Fort McKay. Nous sommes demeurés une journée et demie à Fort Chipewyan et avons rencontré des membres de la Première Nation crie Mikisew, de la Première Nation crie Athabasca Chipewyan et des Métis. Certains ont souligné les avantages économiques des sables bitumineux, et déclaré ne pas vouloir causer des torts à cette économie. Certains ont dit recevoir une compensation pour l’usage de leurs territoires traditionnels. Des compagnies appartenant à des Autochtones ont des contrats de services avec le secteur des sables bitumineux.

Mais nous les avons aussi entendus dire que leur mode de vie comme pêcheurs, chasseurs et trappeurs se trouve négativement affecté de même que la santé de l’eau et de la terre. Nous les avons entendus déclarer que leurs inquiétudes concernant les impacts du développement des sables bitumineux sont largement ignorées et que les droits issus des traités et les droits autochtones n’ont pas été respectés, et affirmer la nécessité d’une plus grande implication des communautés autochtones dans la planification du développement des sables bitumineux.

À Fort Chipewyan, les gens nous ont parlé de maladies rares, du nombre croissant de morts dues au cancer et des modifications terrifiantes de l’environnement. Nous avons constaté à quelle rapidité le cimetière se remplit. Les gens de Fort Chipewyan ont besoin d’avoir des réponses : pourquoi ceci se produit-il et comment peut-on le prévenir?

Les groupes environnementalistes mentionnent le rythme de la dégradation écologique, qui exige d’intervenir avec audace. La régénération des terres retarde beaucoup comparée au décapage et au minage de la forêt boréale.

Les porte-parole de l’industrie des sables bitumineux sont conscients et se préoccupent de l’impact écologique de l’extraction des sables bitumineux, y compris de l’émission de gaz à effet de serre (GES) et des possibles effets sur l’eau. Quant à la possible contamination de l’aquifère ou de la rivière causée par cette extraction, à l’émission de gaz à effet de serre et aux autres dangers, ils croient que les mesures de protection mises en place seront d’un grand secours.

En réponse aux inquiétudes des Autochtones pour la santé, ils répliquent qu’il n’existe pas de preuve que ces problèmes soient liés au développement des sables bitumineux. Ils arguent que le bitume filtre naturellement à travers le sol dans la rivière et que cela n’a pas constitué de problème pour des centaines d’années. Ils déclarent que de 70 à 80 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent des voitures et d’autres types de consommation du pétrole et du gaz. Bien qu’on parle beaucoup, dans les médias et au gouvernement, de la capture et de l’entreposage du gaz carbonique, les représentants de l’industrie notent que cela ne peut fonctionner que dans des situations très limitées.

Nous nous inquiétons de la réponse de l’industrie aux graves questions qui ont été soulevées, de sa détermination à maintenir le rythme du développement des sables bitumineux, et de sa confiance dans ce qui a été fait pour atténuer le dommage causé aux populations et aux écosystèmes. Le rythme de développement actuel le long de la rivière Athabasca diffère beaucoup de ce qui s’est produit naturellement au cours des centaines d’années. La production de pétrole brut synthétique est la forme de production de combustibles fossiles la plus intensive en GES. Face aux changements climatiques et aux effets cumulatifs des toxines dans l’environnement, nous croyons que toutes les parties responsables – consommateurs individuels, industrie et gouvernement – doivent assumer un plus grand rôle dans la création des solutions.

L’industrie planifie accroître le rythme et l’ampleur du développement des sables bitumineux. Elle s’adaptera à une plus grande régulation gouvernementale si celle-ci devait se produire. Les représentants du gouvernement de l’Alberta ont souligné l’importance économique des sables bitumineux; ils n’ont fourni aucun indice quant au renforcement du rôle du gouvernement dans la réglementation de l’industrie pour protéger le bien commun.

Telles sont les conclusions auxquelles notre délégation

  • À titre de citoyennes et de citoyens, nous devons toutes et tous réduire notre consommation et contribuer à générer des solutions.

  • Nous croyons que les sables bitumineux soulèvent des questions graves et complexes pour l’Alberta, pour le Canada et plus largement encore. Ces questions méritent une discussion publique et nous l’encouragerons dans nos Églises.

  • Nous appuyons les appels des populations autochtones et des groupes environnementalistes à mener des études indépendantes sur les effets cumulatifs du développement des sables bitumineux, en particulier pour l’eau et les écosystèmes. De telles études doivent être accessibles au public canadien.

  • Nous sommes d’accord que le développement des sables bitumineux doit respecter et protéger les droits des peuples autochtones.

  • Nous remettons en cause le rythme du développement des sables bitumineux et la durabilité de l’industrie des sables bitumineux et des collectivités sur lesquelles elle a un impact. Il est nécessaire d’obtenir des gouvernements de l’Alberta et du Canada une plus grande réglementation pour protéger le bien commun.

  • Notre délégation espère rencontrer des responsables élus du plus haut palier du gouvernement fédéral. Nous croyons que le Canada doit se doter d’une politique de l’énergie durable, y compris de cibles d’augmentation de l’énergie renouvelable et de moyens de subsistance durables.

Notre délégation remercie de leur bonté et de leur honnêteté toutes les personnes qui ont accepté de nous rencontrer et nous considérons que leurs points de vue sont importants. Notre foi inspire l’amour de la création de Dieu et la volonté de protéger les plus vulnérables avec passion, qu’il s’agisse des personnes ou des écosystèmes. Nous recherchons des voies positives pour protéger les emplois, les gens et la terre.

Le 11 juin 2009

Membres de la délégation :

Dirigeants d’Églises et d’organisations

  • Rév. Bruce Adema, directeur, Ministères au Canada, Église chrétienne réformée en Amérique du Nord

  • Dana Bush, Assemblée annuelle canadienne, Société religieuse des Amis (Quakers)

  • Abe Janzen, directeur général, Comité mennonite central de l’Alberta

  • Rév. Susan Johnson, évêque national, Église luthérienne évangélique au Canada

  • Sr Anne Lewans, OSU, Ursulines de Prelate, vice-présidente, Conférence religieuse du Canada

  • Très rév. Thomas O. Morgan, archevêque de Saskatoon à la retraite, Église anglicane du Canada

  • Rév. Cheol Soon Park, modérateur de la 134e Assemblée générale, Église presbytérienne au Canada

  • Donald Peters, directeur général, Comité mennonite central du Canada

  • Très rév. Bill Phipps, ex-modérateur de l’Église unie du Canada

  • Mgr V. James Weisgerber, archevêque de Winnipeg, président, Conférence des évêques catholiques du Canada

Partenaires autochtones et du Sud

  • Fabricio Guamán, Acción Ecológica /Oilwatch-Amérique du Sud, Équateur

  • Ray Jones, chef héréditaire, Première Nation des Gitxsans, Colombie-Britannique

  • Michael Keania Karikpo, Oilwatch International, Nigeria


Personnel de KAIROS

  • Ed Bianchi, coordonnateur, Programme des droits autochtones

  • Mary Corkery, directrice générale

  • Sara Stratton, coordinnatrice des campagnes et d’éducation

 

 

 

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