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Guerre, faim, pauvreté, dégradation écologique – ouvrir le journal et lire les signes des temps est une expérience qui laisse perplexe et méditatif. Dans ce monde complexe, interpréter les temps présents sans confusion ni désespérance représente un défi immense. Et nous, gens de foi, non seulement devons-nous voir et juger, mais il nous faut oser agir pour la justice, tâche toujours plus urgente mais toujours davantage risquée et exigeante. Pour pouvoir discerner avec sagesse, parler avec audace et agir de manière résolue, où puiserons-nous espérance et force? Quels seront nos compagnons et nos compagnes? L’espoir nous vient comme « un don de Dieu quand nous contemplons, cherchons, travaillons, incarnons et prions pour la justice dans un monde brisé » (Kairos/USA, On the Way). Comme gens de la Pâques qui croyons au Christ ressuscité, le désespoir et même la mort ne peuvent jamais être considérés comme les derniers mots. À chaque moment de discernement et de choix, il existe une possibilité aussi bien qu’une crise, de l’optimisme autant que du désespoir, la vie aussi bien que la mort. Lorsque nous répondons au kairos – cet instant particulier de grâce, de vérité et de décision que Dieu nous offre – par une sage action de foi pour la justice, nous prenons notre place aux côtés « des amis de Dieu et des prophètes » (Sg 7,27). Chaque parole de vérité, chaque acte de solidarité et chaque pas vers la justice renforcent l’espoir et nourrissent le mouvement des personnes qui rendra « possible un monde autre ». Kairos, le mot, est une invitation à l’action. KAIROS – Initiatives œcuméniques canadiennes pour la justice, la coalition d’Églises et d’organisations religieuses œuvrant ensemble à la justice, est une invitation à faire communauté, une communauté de personnes vivant dans l’espérance et engagées dans une action de foi pour la justice en notre temps.
Le mot kairos vient du mot grec désignant le temps. Contrairement à chronos qui désigne le temps ordinaire ou chronologique, kairos désigne le temps sacré ou donné par Dieu, un temps prégnant de sens et d’un choix à faire. Kairos marque un temps de crise et de possibilités nouvelles, un temps de repentir, de renouveau et d’action résolue. Il peut s’agir d’un apex, comme les défis que la mondialisation présente aux Églises et aux communautés. Kairos peut aussi être un flux de moments – les injustices quotidiennes qui nous appellent à intervenir au nom de Dieu. Chaque fois que nous lisons les signes des temps du monde et percevons l’injustice, notre réponse met en jeu le sens même de la foi. Reconnaître le kairos signifie reconnaître que c’est maintenant le temps d’agir pour la justice. À plusieurs reprises au cours de notre siècle, des chrétiens – hommes et femmes – ont cherché à nommer un kairos. Au milieu des années 1980, un groupe de chrétiens d’Afrique du Sud a saisi l’image du kairos pour exprimer sa conviction que la lutte contre l’apartheid avait amené l’Afrique du Sud à un carrefour historique. Ces chrétiens ont cru qu’ils se trouvaient confrontés à un choix religieux et politique fondamental, que l’espérance véritable pour l’avenir requérait un engagement dans la lutte contre l’apartheid, et que l’Église était appelée à condamner l’apartheid et à témoigner de l’espoir en la justice. Ce sens sud-africain du kairos a aussi inspiré des gens se trouvant en d’autres contextes à se demander si leur société vivait également ou non un kairos, se trouvait ou non à un carrefour historique les confrontant, eux et leurs Églises, à devoir faire des choix radicaux. En 1988, un groupe de plus de cent pasteurs, théologiens et leaders laïcs de l’Amérique centrale en vint à la conclusion que sa région, déchirée par des guerres civiles et l’intervention des États-Unis, vivait un tel temps. En 1989, un groupe de chrétiens – hommes et femmes – d’Asie, d’Afrique du Sud et d’Amérique centrale s’est formé pour affirmer que leurs pays, différents par tant d’aspects, vivaient également en un temps de kairos, souffraient de manière identique dans le système mondial actuel et se trouvaient confrontés à des choix fondamentaux semblables quant au chemin de leur avenir. Le projet Kairos/USA a fait surface chez des personnes des États-Unis qui anticipaient en 1990 la célébration du 500e anniversaire de l’arrivée de Colomb dans les Amériques en 1492. Ils ont voulu affronter le défi lancé par les Autochtones de réfléchir de manière critique et prophétique à la signification de l’arrivée de la culture chrétienne européenne et de repenser les « célébrations » de son 500e anniversaire en 1992. Leur publication On the Way : From Kairos to Jubilee (En chemin. Du kairos au jubilé) témoigne du sens d’être parvenu à un carrefour historique et de la nécessité de faire des choix fondamentaux. Elle articule les dimensions nationale et mondiale de la crise, et soulève les enjeux écologiques comme « la possibilité d’une catastrophe au cœur de la création ». Les années 1990 progressant, la conviction s’intensifia dans le monde d’être à un carrefour historique. Kairos Europe naquit d’un large réseau de chrétiennes et chrétiens européens avec la visée de promouvoir « une Europe socialement juste, viable et démocratique ». Et à la fin du 20e siècle émergea l’Initiative œcuménique canadienne pour le Jubilé (IECJ) au sein des coalitions œcuméniques et des confessions religieuses; elle prit une dimension théologique profonde et chercha une réponse porteuse d’espérance à ce qu’on percevait, dans la riche tradition du kairos, comme un moment de crise et un temps d’agir. IECJ puisa à l’image biblique du jubilé pour nommer le sentiment, grandissant dans le monde, qu’on était prêt pour un nouveau départ dans l’histoire. L’Année du jubilé, coïncidant avec la naissance du nouveau millénaire, résonna du sentiment de se trouver à la fois à la fin d’une époque et devant un nouveau commencement, un temps plein d’espoir mais aussi de grande crainte face à l’avenir. Inspirée par le symbole archétypal du jubilé, IECJ mit en réseau une grande diversité d’organisations représentant divers milieux et menant diverses campagnes de justice sociale et d’éco-justice – de l’annulation des dettes des pays pauvres aux changements climatiques et aux droits territoriaux des Autochtones – comme autant d’aspects d’une commune espérance pour le monde. Le jubilé nous invitait à faire une pause, à réfléchir, à prier ensemble, à célébrer avec joie, à nous rafraîchir et à nous renouveler, personnellement et comme Églises. Chaque communauté, qui a su saisir en parole et en action ce symbole du kairos, a contribué au développement d’une tradition vivante. C’est dans ce courant de témoignage de foi que prend place KAIROS – Initiatives œcuméniques canadiennes pour la justice.
Au commencement… Le 1er juillet 2001, à partir d’un riche héritage global et d’une tradition canadienne pénétrée d’espérance, des Églises et des organisations religieuses canadiennes ont formé KAIROS – Initiatives œcuméniques canadiennes pour la justice. Réponse de foi et de détermination à l’appel de Dieu à respecter la Terre et la justice pour ses peuples, KAIROS se voue à la promotion des droits humains, de la justice et de la paix, du développement humain viable et de la solidarité. Au sein de KAIROS, les Églises et les organisations religieuses travaillent ensemble pour la justice, bénéficiant d’un discernement collectif pour apporter une réponse de sagesse et de foi aux signes des temps. KAIROS regroupe le travail de dix coalitions œcuméniques nationales préexistantes, chacune ayant été une réponse à une crise et à une possibilité. Leur travail couvrait large, allant géographiquement des Amériques (incluant le Canada) à l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient, thématiquement des droits humains à la justice économique, l’écologie et les droits autochtones, et en pratique, de la recherche à l’éducation et au plaidoyer. Chacune de ces coalitions inter-Églises préexistantes surgit d’un « moment de kairos » telles la dictature de Pinochet au Chili ou les négociations sur l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce. Elles ont continué d’exister en « un temps de kairos » alors que l’égalité, l’équité et la paix se trouvaient menacées partout dans le monde. KAIROS poursuit en vérité le travail de ces coalitions puisqu’elle s’édifie sur leur riche histoire et leur expérience diversifiée, mais exprimées et réénergisées en réponse à de nouvelles possibilités. Nous devons maintenant vivre à la hauteur de notre nom puissant et de l’héritage de près de 30 ans d’expertise et de solidarité légués par ces coalitions. En créant KAIROS à partir de ces organisations antérieurement indépendantes, les Églises ont formé un mouvement plus fort et plus unifié, capable de répondre aux réalités qu’affrontent notre monde. Le programme de travail et le mandat actuels de KAIROS reflètent son engagement à agir dans les domaines prioritaires suivants :
Le conseil d’administration, les comités de programme et le personnel de KAIROS portent la réalisation de ces priorités, travaillant avec des partenaires clés et un réseau de personnes partout au pays. |
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