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Négociations sur le libre-échange
entre le Canada et l’Amérique centrale : Introduction
De plus, étant donné le rôle de leadership que le Canada a joué en Amérique centrale à l’époque de la guerre civile en appuyant les réfugiés politiques, en réclamant le respect des droits de la personne et en soutenant les processus de paix, les attentes à l’égard des citoyens canadiens sont élevées, et on souhaite que le gouvernement maintienne son appui au développement durable, donne la priorité au respect des droits de la personne et encourage la mise en œuvre intégrale des accords de paix. Dans mon exposé, je vais aborder brièvement trois points principaux : 1) le contexte de l’Amérique centrale; 2) le nécessité de réglementer les sociétés qui investissent en Amérique centrale et de ne pas limiter les droits collectifs; 3) l’approche démocratique des relations commerciales. Je terminerai en proposant des recommandations précises. 1. Présenté par Rusa Jeremic au nom de KAIROS – Initiatives canadiennes œcuméniques pour la justice, du Groupe d’orientation politique pour les Amériques et du Conseil canadien pour la coopération internationale. Il est clair que de fortes pressions s’exercent sur le Canada
pour qu’il cherche à conclure des accords bilatéraux
de libre-échange. Il est vrai que nous avons des intérêts
commerciaux légitimes pour lesquels un accord de libre-échange
peut-être avantageux, mais il est essentiel de reconnaître
que, comme pays, le Canada a également de solides priorités
en matière de politique et des intérêts non
économiques en Amérique centrale. On peut même
dire que le Canada a été un acteur essentiel qui a
contribué à instaurer la paix dans la région. Bien des Canadiens et des organisations de la société civile craignent que le rôle que le Canada a joué par le passé dans la région ne soit incompatible avec ses intérêts économiques. Ce qui semble se dessiner, c’est une rupture entre nos obligations en matière de droits de la personne et nos intérêts économiques, au grand dam des peuples de l’Amérique centrale. Pourtant, comme l’affirmait récemment le Comité
des droits économiques, sociaux et culturels des Nations
Unies, les obligations du Canada en matière de droits de
la personne doivent avoir la priorité. Après avoir
examiné comment le Canada se conformait à ses obligations,
le Comité a tiré la conclusion suivante : C’est une occasion de concilier tous les besoins du Canada d’une façon qui tient compte du rôle qu’il a joué par le passé, de maintenir son appui au développement durable et d’honorer ses obligations en matière de droits de la personne tout en servant ses intérêts économiques. 2. Observations finales du Comité des droits économiques, sociaux et culturels. E/C/.12/CAN/CO/5, 19 mai 2006, paragraphe 68, http://www.ohchr.org/english/bodies/cescr/docs/E.C.12.CAN.CO.5-new.pdf
Comme nous ne pouvons pas consulter le texte de négociation,
nous faisons reposer nos observations sur le chapitre 11 de l’ALENA,
le chapitre de l’ALE entre le Canada et le Costa Rica portant
sur l’investissement et notre analyse du nouveau modèle
canadien d’accord sur la protection de l’investissement
étranger (APIE). Quelles que soient les améliorations en matière de réglementation et d’expropriation, la structure de base du modèle d’investissement de l’ALENA demeure inchangée aux fins de l’Accord de libre-échange entre le Canada et le Groupe des 4 de l’Amérique centrale. Le Canada continue d’exiger la libéralisation de ses partenaires de négociation et d’insister pour que l’investissement étranger soit traité comme l’investissement intérieur. La prescription de résultats pour guider la contribution de l’investissement à l’économie locale est interdite. Et ces restrictions sont appuyées par un mécanisme de règlement des différends entre investisseur et État qui permet toujours aux sociétés commerciales de contester directement les décisions des gouvernements. Les règles de traitement national exigées ne peuvent tout simplement pas marcher, dans le contexte des pays en développement. Le plus troublant, c’est l’exigence d’une approche de « retrait » ou de liste négative. Cela veut dire que, à moins qu’un gouvernement n’énumère expressément les secteurs qui sont exclus des négociations, tout est ouvert à la libéralisation. Cette approche a été vivement critiquée à la table de l’ALEA et on y a résisté dans les négociations sur l’AGCS (services) à l’OMC. Les négociateurs des pays en développement ne sont pas des voyants qui peuvent prédire tous les besoins à venir en matière de développement. Ce qu’il faut plutôt, c’est une liste positive : rien n’est sur la table des négociations, et les pays parties aux négociations sont tenus de désigner expressément les secteurs qu’ils choisissent d’ouvrir à la libéralisation et au traitement national. De plus, en ce qui concerne la prescription de résultats, la liste de ce qui n’est pas permis, dans le nouveau modèle canadien d’APIE, est plus considérable que celle du modèle de l’ALENA. Les moyens interdits comprennent les règles d’achat sur place et les obligations en matière d’approvisionnement ou sur le contenu intérieur. Cela veut dire qu’on prive ces petits pays en développement
des outils de politique qui ont permis au Canada de développer
son économie. Ces pays n’ont qu’une capacité
réduite d’assurer des liens en aval et en amont entre
l’investissement étranger et l’économie
national. Ainsi, toute possibilité réelle de développement
devient gravement restreinte. Dans ce contexte, comment peut-on s’assurer que les normes en matière de droits de la personne et d’environnement seront respectées? En outre, comment garantir le respect de la souveraineté nationale? Glamis Gold Glamis Gold, société minière canado-américaine
dont le siège se trouve à Reno (Nevada) et qui a des
activités au Honduras et au Guatemala, illustre le problème
qui surgit entre l’engagement du Canada à l’égard
des droits de la personne et du développement durable et
l’activité de sociétés commerciales canadienne
en Amérique centrale. S’il y avait eu des consultations authentiques garantissant le principe du consentement préalable libre et éclairé, dans le cadre de la convention 169 du BIT, cette perte de vie aussi inutile que tragique aurait probablement été évitée. De plus, l’affaire de Glamis Gold montre comment les règles sur l’investissement de l’Accord de libre-échange entre le Canada et le Groupe des 4 de l’Amérique centrale accroîtraient le pouvoir des sociétés de faire respecter les intérêts commerciaux sans tenir compte – ou fort peu – des normes en matière de droits de la personne ou des priorités locales en développement. Des entreprises comme Glamis se prévaudront-elles du chapitre 11 pour étouffer la résistance de la collectivité? Ses antécédents sont inquiétants. Outre ses activités en Amérique centrale, Glamis a profité de son titre d’entreprise canadienne pour intenter des poursuites en vertu du chapitre 11 de l’ALENA contre la Californie parce qu’elle entendait protéger des collectivités autochtones et l’environnement contre des émanations nocives de la mine à ciel ouvert de Glamis. Glamis Gold est allée jusqu’à contester la décision récente de Methanex qui défendait les droits des gouvernements en matière de réglementation, soutenant que cette décision allait à l’encontre du droit international établi. Cette attaque constante contre les droits des gouvernements d’imposer des règlements peut aussi avoir un effet paralysant, effet qui, dans le cas des démocraties émergentes de l’Amérique centrale, est particulièrement puissant, car la simple menace de recours judiciaires pourrait entraver la capacité du gouvernement de faire valoir les intérêts et préoccupations au plan local, ou sa propension à le faire, s’ils semblent aller à l’encontre des intérêts de l’investisseur étranger propriétaire. Le nouveau modèle d’APIE met toujours l’accent
sur la libéralisation et continue d’accorder la priorité
à la protection des droits de propriété étrangers
sans fournir les mécanismes et moyens propres à garantir
que l’investissement étranger produit également
un développement qui apporte la prospérité.
Il renforcera les droits d’entreprises déjà
controversées comme Glamis face à un rejet clair d’activités
par la collectivité, car il prévoit des droits d’exécution
qui passent outre aux tribunaux locaux et aux lois nationales. Depuis 2001, le GOPA et ses membres, ainsi que des Canadiens intéressés, ont essayé d’obtenir de l’information sur ces négociations. Le processus a été relativement fermé et peu transparent. Certes, le GOPA a pu rencontrer à l’occasion des négociateurs, essentiellement pendant cinq ans, mais les Canadiens intéressés se heurtent à un mur de silence lorsqu’il s’agit de l’Accord de libre-échange entre le Canada et le Groupe des 4 de l’Amérique centrale. Le GOPA a remis aujourd’hui une lettre ouverte au ministre du Commerce international exhortant le gouvernement du Canada à ouvrir les négociations sur cet accord au processus démocratique et au débat public. Cette lettre a été signée par 200 organisations au Canada, en Amérique centrale et dans la région, ce qui montre à quel point cet accord préoccupe les citoyens. À cet égard, nous sommes reconnaissants de pouvoir participer à cette audience, mais nous sommes aussi conscients des limites d’une seule séance, et nous estimons qu’il s’agit seulement d’une première étape vers un processus de négociation transparent dont les participants doivent rendre des comptes. Le plus troublant, c’est qu’il existe un précédent clair, dans d’autres négociations sur le commerce et l’investissement, où le Canada a assumé un rôle de chef de file pour rendre les processus plus transparents afin que des citoyens intéressés et des parlementaires éclairés puissent participer. Le Canada a pris l’initiative, parmi les 34 pays de l’hémisphère, en proposant de rendre publics les textes provisoires des négociations de l’ALEA dans quatre langues après le Sommet de Québec, en avril 2001. En ce qui concerne les négociations à l’OMC, on a accès à une certaine information. Les propositions de différents pays dans tous les domaines de négociation à l’OMC sont disponibles sur le Web, et on prévoit des possibilités de participation de la société civile qui pourraient influencer le processus. À l’occasion des réunions ministérielles, les projets de texte sont facilement disponibles pour la société civile. Même le mécanisme de règlement des différends de l’ALENA – bien qu’il présente toujours de graves problèmes – permet au public d’observer les délibérations de chaque tribunal. Pourtant, le Canada continue, contradiction flagrante, de négocier les accords commerciaux bilatéraux derrière des portes closes. La plupart des analystes du commerce conviendront que les accords bilatéraux demeurent les plus secrets dans le monde de la politique commerciale. Le public et les parlementaires n’ont toujours pas de vraies possibilités d’influencer les positions, et il n’y a aucun espace permettant de tenir un débat sain et éclairé. Cette différence flagrante fait ressortir exactement
ce qui est menacé : les valeurs démocratiques canadiennes
de transparence et de participation. Les vrais engagements en matière de transparence, de responsabilisation
et de démocratie garantissent que le débat parlementaire
est précédé d’un débat public
sain qui permet aux citoyens de faire connaître leurs opinions
au gouvernement par l’entremise de leurs députés
et de processus qui font intervenir de nombreux interlocuteurs.
Divers spécialistes devraient également comparaître
devant le Comité, dont des spécialistes en droits
de la personne. L’ensemble de ces mesures contribuerait à
la tenue d’un débat parlementaire éclairé
avec le temps, ce qui permettrait pour finir au Parlement lui-même
de délibérer et de se prononcer sur l’accord. Le Canada doit s’assurer que tout modèle de libre-échange respecte le droit souverain des pays de choisir leur propre voie en matière de développement.
Traduit par le Service de traduction
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