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Lettre au Monsieur Peter MacKay
KAIROS est profondément préoccupée par le manque d’équilibre de la réaction du Canada aux résultats des élections en Israël et en Palestine.
Le 10 avril 2006



Monsieur Peter MacKay
Ministre des Affaires étrangères
Gouvernement du Canada


Cher Monsieur MacKay,

Re: La réponse du Canada aux développements récents survenus au Moyen-Orient a soulevé des inquiétudes chez de nombreuses Canadiennes et de nombreux Canadiens.

KAIROS – Initiatives œcuméniques canadiennes pour la justice regroupe onze Églises et agences d’Églises qui oeuvrent pour la justice et la paix. Depuis plus de trois décennies, nos membres ont travaillé sur une base œcuménique en partenariat et en solidarité avec des organisations non gouvernementales palestiniennes et israéliennes, unies dans un commun engagement pour la paix entre les deux peuples. Au cours des années, l’Agence canadienne de développement international (ACDI) a appuyé notre travail dans cette région.

KAIROS est profondément préoccupée par le manque d’équilibre de la réaction du Canada aux résultats des élections en Israël et en Palestine. Nous nous inquiétons beaucoup également des récentes déclarations d’Israël exprimant son intention de déterminer de manière unilatérale ses frontières définitives suivant les lignes actuelles de son mur. Cette déclaration représente une violation du droit international, y compris de la Résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a longtemps constitué le fondement de la politique étrangère du Canada. Elle va également à l’encontre de la Cour internationale de justice de même qu’elle est contraire à la Feuille de route pourtant si fortement proclamée, qui forment le cadre reconnu par le Canada pour la résolution de la question du statut final.

Sur le terrain, une telle mesure signifierait l’annexion de facto à Israël de plus de 300 000 colons établis sur la Rive Ouest et dans Jérusalem Est et d’un minimum de 135 000 acres de terre qu’ils occupent illégalement. Malgré sa prétention à l’effet que le mur soit une mesure de sécurité « temporaire », Israël a ainsi échoué à démontrer pourquoi un mur entièrement construit du côté israélien de la Ligne verte n’aurait pas assuré tout aussi bien la sécurité intérieure d’Israël. En fait, la déclaration récente du premier ministre Olmert selon laquelle le mur servira de frontière définitive met singulièrement à nu le but réel du mur : annexer à Israël des pans entiers des colonies d’Ariel (22 kilomètres à l’intérieur de la Rive Ouest), de Gush Etzion (qui compte 50 000 colons) et de Maaleh Adumin (Dans Jérusalem Est).

La taille et la localisation de ces colonies, reliées par un vaste complexe de routes réservées aux seuls Israéliens, de même que l’appropriation conséquente d’énormes ressources en eau de la Rive Ouest concourent à rendre virtuellement impossible un État palestinien géographiquement intégré. La reconnaissance du droit des Palestiniens à vivre dans un État viable et territorialement uni a depuis longtemps formé le fondement de la politique étrangère du Canada. Et pourtant, le gouvernement canadien n’a pas dit grand-chose pour protester contre ce geste, même si le droit des Palestiniens à vivre dans Un État viable et contigü a depuis longtemps constitué une pierre angulaire de la politique étrangère du Canada.

En contraste, le gouvernement canadien s’est montré très critique à l’endroit des Palestiniens. Nous nous inquiétons tout particulièrement de la décision de suspendre tout contact direct avec les membres du Hamas de l’Autorité palestinienne. Le peuple palestinien a exercé son droit démocratique de se choisir des leaders et s’est montré capable d’exiger de ses leaders qu’ils rendent des comptes. Ne pas tenir compte de l’Autorité palestinienne et retenir les fonds qui lui sont destinés aura pour effet de miner les progrès du peuple palestinien vers la transparence, l’imputabilité et la bonne gouvernance. Ignorer le Hamas ne fera qu’accroître son sentiment d’isolement et l’éloignera davantage de la modération; c’est passer à côté d’occasions de négocier un changement.

Nous félicitons le Canada de poursuivre le soutien humanitaire dont le peuple palestinien a un si urgent besoin pour répondre à ses nécessités quotidiennes grandissantes. Nous demandons instamment au Canada de maintenir son appui aux programmes de construction de la société civile et de promotion de la démocratie. Nous enjoignons également le gouvernement canadien d’agir dans le respect du discours du Trône, qui affirme : « Ce gouvernement s’engage à promouvoir les valeurs fondamentales canadiennes de liberté, de démocratie et de respect de la loi et des droits de la personne partout dans le monde » en appuyant cette action par « un rôle diplomatique plus robuste pour le Canada ». Nous en appelons à votre gouvernement pour qu’il appuie entièrement la démocratie en Israël et en Palestine. Nous croyons que le moment est véritablement venu pour le Canada, s’appuyant sur sa réputation de bâtisseur de la paix reconnu et respecté pour son équilibre, de prendre le leadership d’un mouvement international pour mettre en place un nouveau processus de paix ancré dans le respect du droit international et des droits humains et visant à mettre fin au conflit entre Israël et la Palestine.

Nos membres et nos partenaires dans cette région rejettent la violence et respectent le droit d’Israël à vivre en sécurité à l’intérieur des frontières d’avant 1967. Le Canada met de la pression sur le Hamas pour qu’il renonce à la violence et reconnaisse Israël. Mais en même temps, le Canada et les autres gouvernements occidentaux doivent exercer une pareille pression sur Israël pour qu’il mette fin à l’occupation de la Palestine et reconnaisse le droit de la Palestine à vivre dans un État palestinien viable et sûr sur un territoire contigü sur la Rive Ouest et relié à Gaza. Une solution pacifique ne peut venir que du respect des droits des deux parties.

Nous désirons vous rencontrer le plus tôt possible pour discuter de ces questions urgentes. Dans l’attente de votre réponse, nous demeurons

Sincèrement vôtre.

Mary Corkery
Directrice générale
KAIROS

c.c.  Stéphane Dion, critique pour les Affaires étrangères, Parti libéral
Francine Lalonde, critique pour les Affaires étrangères, Bloc québécois
Alexa McDonough, critique pour les Affaires étrangères, Nouveau parti démocratique

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