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Déclaration de KAIROS à propos de la Loi canadienne sur la qualité de l’air

20 october 2006


 

Les Églises du Canada ont depuis des années fait du soin de la Terre une dimension intégrale de leur travail de promotion de la justice. Il n’est pas de plus grande menace pesant sur notre avenir commun que la destruction des écosystèmes dont dépend toute vie. Prendre soin de la création est un engagement spirituel envers Dieu que notre foi ne rend pas optionnel.

 

La Loi sur la qualité de l’air qu’annonçait le gouvernement canadien le 19 octobre, en faisant la pièce maîtresse de son soi-disant Plan vert « fait au Canada », manque de vision et de courage. Elle ne peut pas s’attaquer avec force au problème des changements climatiques.

Nous accueillons positivement la réduction des polluants dommageables pour la qualité de l’air, mais elle détourne l’attention de la menace beaucoup plus grave à la santé à long terme des Canadiennes et des Canadiens que représentent les changements climatiques dramatiques causés par le niveau dangereusement élevé des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Le gouvernement ne fait même pas mention du Protocole de Kyoto dans la Loi canadienne sur la qualité de l’air. C’est une preuve de plus que le gouvernement a l’intention d’abandonner les cibles que cet accord international d’une importance critique fixe au Canada.

Les Églises du Canada se sont activement engagées dans une campagne pour que le Canada participe au Protocole de Kyoto. KAIROS a la conviction que Kyoto représente la contribution minimale que le Canada doit apporter aux efforts mondiaux visant à prévenir un changement catastrophique du climat. Kyoto exige du Canada qu’il ait en 2012 réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 6 % par rapport à 1990. La cible de réduction globale de Kyoto pour la même période est de 5 %. Les scientifiques affirment que pour éviter un réchauffement global de 2 degrés centigrades de la température de la Terre – ce qu’ils considèrent comme le seuil d’un changement dramatique du climat – il est nécessaire de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 70 % par rapport à 1990 entre maintenant et 2050. Vu à cette lumière, Kyoto constitue un petit, quoique important, pas vers la solution du problème des changements climatiques.

Le gouvernement canadien s’engage dans son annonce à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 à 65 % pour 2050. Voulant passer pour au moins une demi-mesure en vue d’atteindre le but global général, cette promesse manque de substance dans ses détails.

Absence de plan pour atteindre la cible

Le gouvernement n’a pas fixé de cibles intermédiaires ni présenté de plan comprenant des étapes précises pour réaliser la réduction proposée. La Loi canadienne sur la qualité de l’air propose des cibles à plus court terme « fondées sur l’intensité » après nouvelle consultation de l’industrie canadienne. Les cibles d’intensité portent sur des réductions de la somme d’énergie utilisée par unité de production, plutôt qu’une réduction absolue des émissions globales de gaz à effet de serre. Cette approche permet de lier les émissions à la croissance économique plutôt qu’à un plafond fixe.

Les « cibles d’intensité » s’apparentent à l’approche de l’Administration Bush aux États-Unis. Elles laissent libre cours au développement des sables bitumineux de l’Alberta selon l’approche « les affaires comme d’habitude ». Ils constituent pourtant la plus grande des menaces individuelles à l’atteinte des objectifs fixés au Canada par Kyoto.

Le déplacement des buts

La Loi canadienne sur la qualité de l’air adopte comme point de référence la situation de 2003 et non celle de 1990 comme le stipule le Protocole de Kyoto. En 2003, les émissions de gaz à effet de serre au Canada avaient déjà surpassé de 24 % celles de 1990 et dépassaient de 32 % les cibles de Kyoto. Modifier ainsi les résultats à atteindre en déplaçant le point de référence affaiblit grandement l’engagement général.

Pas de responsabilité, et pas de pénalité pour cause de non-conformité

En vertu de la Loi canadienne sur la qualité de l’air, il n’y a pas de comptes à rendre à la communauté mondiale comme le prévoyait Kyoto, ni de pénalité encourue si le Canada n’atteint pas les cibles qu’il s’est lui-même définies. Il semble donc tout à fait probable que les cibles de croissance économique continueront de l’emporter sur la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Pas besoin d’agir dès maintenant

Les changements climatiques constituent une crise internationale qui exige une action mondiale concertée immédiate. Le Protocole de Kyoto reconnaît ce fait en forçant les pays à adopter dès maintenant les mesures adéquates qui assureront de réaliser les cibles de 2012. Le plan présenté par la ministre Ambrose constitue l’annulation de l’engagement pris par le Canada envers la communauté mondiale et envers ses propres citoyens et citoyennes. La seule cible fixée est pour dans 44 ans, alors que le gouvernement actuel ne sera pas là pour rendre des comptes.

Le 19 septembre 2006, alors qu’on était dans l’attente de l’annonce du gouvernement, KAIROS a fait parvenir une lettre au Premier ministre Harper demandant des mesures immédiates pour que le Canada respecte les engagements de Kyoto. La lettre insistait pour que le gouvernement passât à « l’action audacieuse en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre par notre pays ». La Loi canadienne sur la qualité de l’air marque un échec face à la nécessité de résoudre notre crise écologique et un gigantesque pas en arrière du Canada dans ses engagements à titre de signataire du Protocole de Kyoto. Les générations futures du Canada se retrouveront face à une difficulté beaucoup plus grande, sinon face à l’impossibilité, de renverser les changements climatiques.

KAIROS est convaincue que l’action concertée des Canadiens – femmes et hommes – peut efficacement résoudre le problème des changements climatiques. Un nouveau programme de quatre ans de KAIROS vise à engager nos membres et notre base à passer d’une économie fondée sur l’énergie fossile à une économie basée sur une énergie durable et juste.

(Voir aussi la page de notre site Internet sur Les changements climatiques et l’Appel des groupes humanitaires du Canada à engager rapidement l’action sur le réchauffement de la planète – 2 octobre 2006.)

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