
Notre espérance sans faille d’une paix
juste dans le conflit Palestine/Israël
KAIROS – Initiatives œcuméniques
canadiennes pour la justice
Le 17 septembre 2002
1. Introduction et contexte
Le présent énoncé d’orientation vise
à guider KAIROS dans son travail de promotion d’une
paix qui soit juste à la fois pour les Palestiniens et les
Israéliens – hommes et femmes – et pour les personnes
de toute religion, particulièrement le judaïsme, le
christianisme et l’islam, les trois principales religions
trouvant leurs racines au Moyen-Orient. KAIROS invite au dialogue
sur son travail de même que sur le présent énoncé.
En poursuivant la paix dans cette tragédie à multiples
visages, KAIROS, à titre d’organisation d’Église
occidentale, hérite d’une histoire ambivalente. Elle
doit reconnaître le rôle joué par le colonialisme
occidental au Moyen-Orient de même que la complicité
des Églises avec un antisémitisme séculaire.
Elle doit s’opposer à la tendance de certains éléments
de notre société à cibler les institutions
juives. Elle reconnaît également la dette profonde
envers le peuple juif pour les écritures sacrées du
christianisme et pour les nombreux apports culturels du peuple juif.
Nous appuyons le peuple juif dans son désir de jouir d’une
patrie sûre.
Les institutions ecclésiales membres de KAIROS ont témoigné
directement ou par l’entremise de leurs réseaux mondiaux
d’un appui substantiel au peuple palestinien, en particulier
pour les personnes qui ont dû chercher refuge à la
suite de la création de l’État d’Israël.
Cet appui comprend le soutien de longue date au Département
des services pour les réfugiés palestiniens, du Conseil
des Églises du Moyen-Orient. Les Églises membres de
KAIROS ont également une histoire d’appui au travail
d’éducation et d’aide humanitaire dans l’ensemble
du Moyen-Orient. KAIROS reconnaît l’importance de la
compréhension interreligieuse à l’égard
de l’islam et de la compréhension interculturelle à
l’égard des peuples arabes, car ils sont victimes de
trop de représentations négatives dans nos collectivités.
Les organisations et institutions d’Églises qui ont
précédé KAIROS et en sont aujourd’hui
membres ont depuis longtemps encouragé le gouvernement du
Canada à jouer un rôle actif et constructif dans la
recherche d’une paix juste. KAIROS continuera de le faire.
Dans cette région, KAIROS travaillera par l’entremise
de nombreux canaux, dont l’un des plus importants est le Conseil
des Églises du Moyen-Orient. L’action de KAIROS passera
aussi par d’autres partenariats, qu’ils soient palestiniens
ou israéliens, impliquant des musulmans, des chrétiens
ou des juifs. Dans ses efforts pour parvenir à une telle
paix, KAIROS se laissera guider par ce qui suit.
2. Affirmations de base
Nous croyons que Dieu veut le bien-être de toutes les
personnes. Créateur et rédempteur, Dieu aime
toutes les personnes également et veut la justice et la
paix pour toutes et tous (Jn 3,16; Mi 4,3-4; Jr 9,23-24; Is 32,16-17).
Cet enseignement peut aider à éviter que les nationalités
ou religions particulières ne cèdent à la
tentation de l’exclusivisme inhumain. La Déclaration
universelle des droits de l’homme reflète cet enseignement
biblique à un degré significatif.
Nous croyons que Dieu veut que les personnes vivent dans une
certaine réciprocité, et que tel est le fondement
de la paix et de la justice. Ceci nous est signifié
dans l’appel biblique fondamental à aimer notre prochain
comme nous-mêmes (Lv 19,18; Mc 12,31). Cela veut dire que
nous devons rechercher notre propre sécurité et
bien-être non aux dépens des autres, mais par des
moyens qui font progresser les leurs également, que les
droits que nous revendiquons et les normes que nous professons
s’appliquent également à eux, et que nous
devons chercher à comprendre la perspective et l’histoire
des uns et des autres en vue d’une acceptation mutuelle.
Nous croyons que les ressources de la Terre existent pour
le bénéfice de tout le monde (Ps 24,1; Mi 4,4; Is
55,11). Dans le conflit Palestine/Israël, cette affirmation
a des implications immédiates pour l’eau. Les ressources
en eau sont très limitées et il existe actuellement
une très grande inégalité d’accès
à ces ressources. Cet enseignement a aussi des conséquences
pour la terre et pour sa remarquable fécondité.
Nous croyons que toute vie humaine est sacrée et que
la violence est une erreur (Mi 6,8; Mt 5,38-42). L’amour
inconditionnel de Dieu pour chacune et chacun exige de nous que
nous vivions en harmonie avec nos prochains, respections leur
droit de vivre en liberté et dans la dignité et
renoncions aux gestes de violence contre nos frères et
nos sœurs, y compris à toute agression délibérée
contre leur droit à la vie.
3. Application de ces affirmations
Quelles structures institutionnelles sont-elles nécessaires
pour mettre en œuvre les affirmations de base énoncées
ci-dessus en rapport avec le conflit Palestine/Israël?
3.1 Une paix juste et durable exige la reconnaissance et l’exercice
du droit des Palestiniennes et Palestiniens à l’autodétermination,
y compris leur droit d’instaurer un État palestinien
souverain. Elle exige également la reconnaissance de l’existence
d’Israël comme État souverain. Les deux États
doivent exercer les privilèges et les responsabilités
qui incombent aux États en vertu du droit international.
Dès les débuts du conflit se posa la question fondamentale
de savoir s’il devait y avoir un État accommodant les
deux peuples, ou deux États, un pour chaque peuple. La «
résolution sur la partition » (no 181) adoptée
en 1947 par l’Assemblée générale des
Nations Unies a choisi l’approche de deux États. Celle-ci
sous-tend également les résolution 242 (1967) et 338
(1973) du Conseil de sécurité des Nations Unies. Nous
exigeons la mise en œuvre pleine et équitable de cette
solution de deux États.
3.2 Nous demandons la pleine mise en oeuvre des résolutions
242 et 338 du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Ces résolutions exigent d’Israël qu’il se
retire à l’intérieur de ses frontières
telles qu’elles étaient le 4 juin 1967. Elles exigent
également des pays arabes et autres parties qu’ils
acceptent l’existence d’Israël dans ces frontières.
Au cours des ans il y a eu des indications très substantielles
que la seconde exigence était satisfaite. La première
n’a pas été remplie. La communauté internationale
doit réaliser ses engagements en faisant en sorte que soient
mises en œuvre les résolutions du Conseil de sécurité.
Cela signifie qu’Israël doit se retirer complètement
des territoires qu’il a occupés en 1967, y compris
des colonies établies dans ces territoires. Ces colonies,
dont le nombre a doublé depuis les Accords d’Oslo en
1993, constituent une source explosive de confrontation et de conflit.
Une compensation, sous une forme ou une autre, devra être
négociée avec Israël en reconnaissance de la
valeur des développements immobiliers évacués,
qu’on pourrait utiliser pour aider à loger les réfugiés
palestiniens.
3.3 Jusqu’à son retrait des territoires, Israël
demeure une puissance d’occupation et doit être tenu
responsable devant le droit international pertinent, surtout la
IVe Convention de Genève et les réglementations de
La Haye.
La Convention énumère ce qu’une puissance d’occupation
peut et ne peut pas faire sur le territoire qu’elle occupe.
Israël est en situation de violation de la Convention de multiples
façons. Il a construit des habitations permanentes pour des
membres de son peuple; son réseau toujours croissant de chemins
de traverse fragmente des territoires déjà petits
et limite les mouvements des Palestiniens; il restreint l’accès
des gens à l’eau de la zone; il a confisqué
des terres, détruit des routes palestiniennes, déraciné
un nombre incalculable d’arbres fruitiers, démoli des
maisons, transféré des populations, et imposé
de nombreuses restrictions aux activités normales. Si Israël
respectait la Convention, il ne mettrait pas fin à l’occupation,
mais la vie serait de beaucoup meilleure pour les Palestiniens.
Les autres signataires de la Convention, incluant le Canada, ont
l’obligation en vertu de l’article 1 d’en assurer
le respect. Les Palestiniens ont le droit de résister à
l’occupation par des moyens non violents.
3.4 Les Palestiniens et les Israéliens doivent être
tenus responsables de respecter la norme commune des droits humains,
qui incluent la protection des civils. Toute agression contre des
civils, que ce soit pour la poursuite d’objectifs politiques
ou comme élément d’opérations militaires
ou pour tout autre motif, est inacceptable et doit être déplorée.
Les agressions contre des civils incluent les attentats suicides,
les assassinats ciblés et les attaques militaires dans les
zones peuplées et dont on sait par avance qu’elles
entraîneront probablement des morts parmi les civils.
3.5 Une paix durable dans la région exige la reconnaissance
des droits humains des personnes réfugiées palestiniennes.
Ces droits sont énumérés dans la résolution
194 de l’Assemblée générale des Nations
Unis et dans la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Ils comprennent le droit de retour, le droit d’être
représenté dans la négociation et la construction
de la paix, le droit à la citoyenneté et à
un habitat permanent, et le droit à une compensation sous
une forme ou sous une autre pour la perte des maisons et des propriétés.
Étant donné que les réfugiés palestiniens
– hommes et femmes – se comptent par millions, leur
retour en Israël peut sembler être une impossibilité.
Néanmoins leur droit de retourner doit être respecté,
même si son exercice peut inclure des alternatives pour les
réfugiés qui les trouveraient acceptables et justes.
3.6 La ville de Jérusalem doit être partagée
et ouverte.
La question de Jérusalem comporte deux dimensions. L’une
a trait aux Palestiniens et aux Israéliens en tant que citoyens
ayant une nationalité; l’autre concerne les musulmans,
les chrétiens et les juifs comme personnes religieuses. La
souveraineté doit être partagée entre les deux
nationalités. Tous les groupes de foi doivent jouir d’un
accès ouvert et libre à leurs sites sacrés.
3.7 Les organisations de la société civile en
Palestine et en Israël activement engagées dans le changement
et dans la construction de sociétés démocratiques
et pluralistes doivent jouir de notre appui.
Il faut fortement encourager les groupes et les individus qui s’engagent
au service de la justice pour toutes et tous, qui croient que chacune
et chacun a droit à sa place, qui reconnaissent que la paix
est ultimement indivisible, et qui même faisant face à
violence savent inviter les gens de tous côtés à
accepter notre commune humanité et à persévérer
dans les efforts menant à une paix juste.
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La présente politique a été
élaborée par le Groupe de travail de KAIROS sur le
Moyen-Orient, une instance consultative composée de membres
du personnel et de bénévoles d’Églises
et d,autres personnes possédant une expertise sur le Moyen-Orient.
Le Comité de programme sur les droits humains internationaux
l’a révisée. Puis elle fut présentée
au conseil d’administration de KAIROS qui l’a approuvée
en principe lors de sa réunion du 5 juillet 2002. Le CA lui
a donné la touche finale et sa forme actuelle à sa
réunion du 17 septembre 2002. La politique fournit un cadre
aux interventions de KAIROS sur les politiques, et à ses
activités de plaidoyer et autres initiatives pour la justice
relatives à la Palestine et à Israël. Elle n’implique
pas un endossement par les membres individuels de KAIROS ou leur
confession religieuse.
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