
FORUM SOCIAL AFRICAIN
Lusaka, Zambie
Le 14 décembre 2004
Annulez la dette à 100%
La déclaration suivante qui a circulé au Forum social
africain de Lusaka en Zambie se veut une réponse à
l’annonce par les gouvernements britannique et américain
de l’annulation de 100% de la dette multilatérale.
Les signatures qui suivent ont été réunies
en quelques heures ; davantage apparaîtront par la suite au
fur et à mesure de diffusion de cette déclaration.
Nous demandons l’annulation pleine et entière de
la dette multilatérale de l’Afrique et du Sud dans
son ensemble.
Annulez la dette à 100% - tous les pays pauvres – sans
conditions économiques !
En tant qu’organisations de la société civile
de tout le continent africain, nous sommes confrontés jour
après jour à la réalité dévastatrice
de la crise de la dette. Les remboursements de dette à de
riches institutions comme le FMI et la Banque mondiale dépouillent
nos pays de ressources dont nous avons désespérément
besoin pour assurer la santé, l’éducation, combattre
le HIV/SIDA, et rendre l’eau potable disponible. La dette
est un instrument de domination utilisé par les pays riches
et les créanciers comme le FMI et la Banque mondiale. Les
conditions liées à l’allégement de dette
et aux prêts sont dévastatrices pour nos économies
et minent nos choix en tant que nations souveraines.
Pour les nations appauvries, les créanciers multilatéraux
– en particulier le FMI et la Banque mondiale – sont
les principaux créanciers. Ils sont aussi les plus puissants
à cause de leur statut de « créancier privilégié
», les pays doivent rembourser leurs dettes d’abord
à ces institutions. Si les pays ne paient pas, ils sont pénalisés
et exclus de la plupart des formes d’aide et d’assistance.
L’initiative Pays pauvres très endettés (PPTE)
a été lancée par la Banque mondiale en 1996
pour donner « une issue solide » à la crise de
la dette dans laquelle sont plongées les nations appauvries.
Au bout de huit ans, ce programme a échoué. L’initiative
PPTE a procuré trop peu d’allégement, à
trop peu de pays avec des conditions dévastatrices. Il est
temps de choisir une autre approche : l’annulation entière
(100%) de la dette multilatérale pour toutes les nations
appauvries, sans conditions dommageables.
Nous sommes informés des discussions qui se tiennent maintenant
au sein du G7 (en particulier des propositions des gouvernements
britannique et américain), du FMI et de la Banque mondiale
et d’autres forums à propos des possibilités
pour 100% d’annulation de la dette multilatérale. Il
est encourageant qu’après plusieurs années de
demi-mesures on en vienne à envisager une annulation à
100% à de tels niveaux de pouvoir. Cependant, nous devons
être clairs sur les principes pour que ces discussions rencontrent
les objectifs et les aspirations de la société civile
africaine.
Premièrement, 100% d’annulation de la dette multilatérale
est décisive. Des tentatives pour déterminer un niveau
de dette « soutenable » pour les pays pauvres qui tentent
désespérément de trouver une réponse
aux crises dues au HIV/SIDA et à l’injustice économique
doivent être rejetées. Pour les nations appauvries
qui luttent pour garantir la satisfaction des besoins humains de
leurs populations, l’annulation à 100% de la dette
multilatérale est la seule option.
Deuxièmement, cette annulation ne doit être accompagnée
d’aucune conditionnalité économique. Le programme
PPTE et les Documents stratégiques de réduction de
la pauvreté (DSRP) sont combinés à des conditions
comme la privatisation, la libéralisation indiscriminée
du commerce, l’ouverture des marchés, des objectifs
fiscaux et monétaires. Ces conditions ont suffisamment dévasté
nos économies. L’annulation de dette doit se faire
sans qu’aucune conditionnalité économique y
soit liée. De plus, nous rejetons le programme de Facilité
pour la réduction de la pauvreté et la croissance
(FRPC) et trouvons que celui-ci doit être démantelé
et aboli. Le FRPC n’est pas une force pour le développement
de nos pays ; les conditions liées aux prêts de cette
facilité de crédit ont dévasté nos économies.
Il est temps de mettre fin au rôle du FMI dans les pays pauvres
une fois pour toutes ; mettre fin au FRPC est un pas décisif
en ce sens.
Troisièmement, l’annulation de la dette multilatérale
doit concerner tous les pays appauvris et pas seulement les 42 PPTE.
Nous rejetons les propositions qui concernent seulement ceux des
PPTE qui sont parvenus au « point d’achèvement
». Beaucoup de pays seront exclus de cette approche. De plus,
les pays non PPTE doivent également être considérés
pour une annulation de 100%. Des pays comme Haïti, la Jamaïque
ou le Nigeria ne font pas partie des PPTE bien qu’ils soient
très endettés.
Finalement, nous pensons qu’il est temps que les institutions
financières multilatérales paient leur juste part
et contribuent par leurs ressources au financement de l’annulation
de la dette. Le FMI et la Banque mondiale sont deux des institutions
les plus riches du monde. Le FMI se trouve à la tête
de 30 milliards de dollars en or qui ne sert pour l’instant
aucun but productif. Le FMI pourrait vendre cet or et utiliser les
ressources obtenues pour couvrir la dette due à la Banque
mondiale et aux autres banques multilatérales. La Banque
internationale pour la reconstruction et le développement
(BIRD) pourrait facilement mobiliser plus de 10 milliards dans ses
profits accumulés et ses réserves et pourrait consacrer
une part de ses profits annuels (représentant plusieurs milliards
de dollars) à l’annulation de la dette. Ce sont des
institutions riches. Aussi il est grand temps pour elles de payer
leur juste part. En annulant la dette, elles commenceront à
reconnaître leur rôle et leur responsabilité
dans la crise de la dette.
Nous ne croyons pas que les préoccupations concernant «
l’additionnalité » de l’aide publique au
développement puissent permettre de postposer l’annulation
pleine et entière de la dette multilatérale. L’annulation
est significativement plus valable pour nos peuples que l’aide
additionnelle. L’aide arrive avec ses propres conditions et
souvent contribue à gonfler la dette. Les ressources dégagées
par l’annulation de la dette peuvent être utilisés
par les gouvernements du Sud – avec une très large
participation de la société civile –. L’aide
est une promesse trop souvent non tenue. Les bénéfices
de l’annulation seront durables.
Cette déclaration est approuvée par les membres
des campagnes dette dont le nom suit:
Tafadzwa Muropa - Zimbabwe
Sy Koumbo S. Gale - Tchad
Constancia de Pina - Cap Vert
James Kashiki - Zambie
Godfrey Mfiti - Malawi
Rev. Lumu Shabani Republique démocratique du Congo
(Kinshasa)
Benoit Essiga - CGT Liberte - Cameroun
Hassan Sayouty - Espace Associatif Maroc - Maroc
Demba Moussa Dembele - Forum pour des alternatives africaines
Sénégal
Taoufik BenAbdallah - ENDA - Sénégal
Engudat Bekele - PAC - Ethiopie
Bakary Fofana - CECIDE - Guinée
Archinson Mhlata - PCO – Afrique du Sud
Pat Dooms - Orange Farm Vision – Afrique du Sud
Dao Dounantie - Jubile 2000 / CAD - Mali
Kone Solange - FNDP/ASAPSU – Côte d'Ivoire
Ouattar Diakalia - FNDP - Côte d'Ivoire
Dieng Amady Aly - Forum Tiers Monde - Sénégal
Seydou Ndiaye - ACAPES Sénégal
Abubacar Ndiaye, RADI – Sénégal
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