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L’ALEA est-il à la hauteur des politiques des Églises?
Voir aussi
L’appel de KAIROS à arrêter les négociations
de l’ALEA (Accord de libre-échange des Amériques)
tire son origine de la conviction, depuis longtemps acquise, des
Églises canadiennes selon laquelle tout accord commercial
international doit reposer sur les principes des droits de la personne,
de la durabilité environnementale et de la justice économique.
En avril 2001, lors du Sommet des Amériques tenu à
Québec, les coalitions interreligieuses ont présenté
un Programme de justice pour les Amériques en dix points,
où elles demandaient qu’un accord commercial international:
- fasse en sorte que les droits humains l’emportent sur
les intérêts commerciaux,
- accorde la priorité à l’éradication
de la pauvreté,
- contribue à assurer la stabilité économique
et à créer des emplois de haute qualité,
- protège l’environnement et la santé humaine,
- assure la sécurité alimentaire,
- soutienne le droit de tous les citoyens à accéder
aux services sociaux essentiels,
- accorde un traitement particulier et différentiel aux
pays pauvres et aux pays en voie de développement,
- délivre les pays du fardeau intolérable et injuste
de leur dette,
- donne aux gouvernements le droit d’être maîtres
de leur développement,
- accorde aux citoyens un généreux accès
au processus grâce à leur participation et à
la transparence des négociations.
Douze dirigeants d’Églises du Canada ont alors écrit
au premier ministre et aux autres chefs d’État et de
gouvernement pour les presser «de créer, non un simple
accord commercial, mais le cadre d’une économie de
meilleur voisinage» capable d’atteindre six objectifs:
- Subordonner tout nouvel accord aux normes en matière
de droits de la personne incluses dans les accords des Nations
unies.
- Protéger et promouvoir les droits inhérents des
Autochtones des Amériques.
- Annuler les dettes nationales qui paralysent l’économie.
- Améliorer la sécurité alimentaire et la
sécurité des communautés agricoles.
- Préserver l’intégrité des services
de santé et d’éducation à financement
public.
- Ne pas permettre aux brevets ou aux droits de propriété
intellectuelle liée au commerce d’empêcher
l’accès du public à des biens tels que les
médicaments salvateurs.
La lettre demandait également «d’entourer les
négociations d’une véritable transparence et
d’y prévoir la participation du public.» Malheureusement,
l’ALEA, dans sa version provisoire actuelle, échoue
sous tous ces rapports (à une exception près : la
publication de la version provisoire de l’ALEA atteste d’une
meilleure transparence). C’est ce qui a amené KAIROS
à réclamer la suspension des négociations.
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Ce que disent individuellement les politiques des
Églises
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Les initiatives interreligieuses s’appuient sur des politiques
bien établies des Églises canadiennes en matière
de droit commercial. Quelques exemples:
- En 1987, la 113e Assemblée générale
de l’Église presbytérienne du Canada (PCC)
pressait le Gouvernement du Canada «de déclarer sans
équivoque que des programmes sociaux tels que les soins
de santé universels, la sécurité sociale,
l’assurance-emploi et le bien-être social ne sont
jamais négociables dans le cadre de pourparlers commerciaux
avec le Gouvernement américain.» Dans son rapport
à l’Assemblée générale, le
Comité des affaires internationales de la PCC établit
un lien entre la défense des programmes sociaux et la mission
prophétique de l’Église: «Le Canada
a la responsabilité de maintenir et d’améliorer
nos propres programmes sociaux et l’occasion de jouer un
rôle prophétique au sens biblique du terme en appelant
les pays, et plus particulièrement nos voisins du Sud,
à rendre la justice et à ne pas ‘vendre le
pauvre pour une paire de sandales’. (Amos 2.6)»
- Au cours du débat sur l’Accord de libre-échange
entre le Canada et les États-Unis, Mgr Michael Peers,
Primat de l’Église anglicane du Canada, a énoncé
les quatre principes qui doivent présider à l’évaluation
d’un accord commercial:
1. «Nul plan économique ne doit affecter les membres
vulnérables de la société canadienne ni notre
grande famille universelle.
2. Nul accord économique ou social ne doit être conclu
s’il empêche les membres de la société
de prendre des décisions en vue du bien commun.
3. Nul accord économique ne doit être conclu s’il
affecte notre capacité, en tant que société,
d’être de bons intendants de notre environnement.
4. Il faut donner au citoyen et à la citoyenne ordinaires
l’occasion de saisir les enjeux et de participer de façon
significative aux décisions importantes».
- Lors des ses 30e, 31e, 32e et 37e Conseils généraux
(1984, 1986, 1988 et 2000) l’Église unie du Canada
a adopté des résolutions toutes inspirées
de ses préoccupations à l’égard des
pauvres, des marginalisés et de l’environnement naturel.
L’Église unie s’est toujours souciée
particulièrement de protéger «les programmes
publics tels que l’assurance-santé [et] l’assurance-hospitalisation»
(31e) et «la capacité démocratique du Canada
à utiliser ses capitaux et ressources à de nobles
fins nationales et à mettre nos institutions démocratiques
et économiques au service du bien commun» (32e).
En 2000, le 37e Conseil général faisait observer
que «trop souvent, les accords commerciaux internationaux
ne tiennent pas compte des droits et du bien-être des pauvres,
de la nécessité, pour les pays, de pouvoir agir
dans le meilleur intérêt de leurs citoyens et citoyennes
et du besoin de durabilité écologique».
- Les Évêques catholiques du Canada ont fréquemment
exprimé sans ambages leurs opinions sur les accords commerciaux.
«Toute économie devrait avoir pour premier objet
d’assurer le bien commun, c’est-à-dire, entre
autres, de répondre équitablement aux besoins essentiels
de tous les membres d’une société. ‘Tous
les autres droits, y compris le droit de propriété
et le droit de libre-commerce, doivent être subordonnés
à ce principe’» [citation de l’encyclique
de Paul VI Populorum progressio (§22), sur le développement
des peuples]. Le Souverain Pontife affirme en outre, dans cette
même encyclique (§58) «La règle de libre-échange
ne peut plus - à elle seule - régir les relations
internationales. Ses avantages sont certes évidents quand
les partenaires ne se trouvent pas en conditions trop inégales
de puissance économique... Il n'en est plus de même
quand les conditions deviennent trop inégales de pays à
pays: les prix qui se forment ‘librement’ sur le marché
peuvent entraîner des résultats iniques.»
- Ce plaidoyer pour la transparence rappelle une résolution
adoptée en 1991par la Troisième convention biennale
de l’Église évangélique luthérienne
du Canada, qui réclamait «la révélation
intégrale des éléments [de l’ALENA]
projeté, ainsi que la participation entière du public,
pour que ce dernier puisse entendre les opinions des Canadiens
et Canadiennes préalablement à la signature de tout
accord.»
En novembre 2002, un groupe de théologiens de toutes les
parties de l’Amérique se réunissait à
La Havane pour réfléchir sur la perspective d’un
Accord de libre-échange des Amériques (ALEA). Leur
document final, A No to the FTAA is a Yes to Life (Dire non à
l’ALEA, c’est dire oui à la vie), déclare
que l’expérience de l’ALENA vécue par
le Canada, le Mexique et les États-Unis prouve son incapacité
«à résoudre les problèmes socio-économiques
de la majorité» et démontre «des effets
pervers sur la souveraineté, l’emploi, les écosystèmes
et la culture, tout en se révélant un exercice antidémocratique.»
La Déclaration qualifie l’ALENA de «système
de domination présenté comme un absolu hors duquel
il ne saurait y avoir de vie» affirmant que «oui, il
y a une vie, cette vie en abondance que Jésus est venu nous
apporter.» (Jean 10.10)
KAIROS demande au Gouvernement du Canada d’écouter
ces voix venues de tous les coins du Canada et du monde. Nous demandons
aux Gouvernements de respecter l’appel de Dieu à protéger
la terre et à assurer la justice à ses habitants,
c’est-à-dire, à arrêter les négociations
de l’Accord de libre-échange des Amériques.
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